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EDITION MARS 2011
SOMMAIRE
EDITORIAL
La psychiatrie méprisée
FMC
Entre adhésion et gestion autonome de la médication : vers une nouvelle approche de l’usager en psychiatrie
ENTRETIEN AVEC
John Ward à propos de
Le mouvement américain pour l’hygiène mentale (1900-1930) ou Comment améliorer la race humaine ?
PROCESSUS CREATIF
Charlie Parker,
le génie du be-bop

FICHES DE LECTURE
Psychothérapie psychodynamique
Les concepts fondamentaux
Glen O. Gabbard
Coordination scientifique de l’édition française Marc-Antoine Crocq
Traduit de l’américain par Alexis Etienne Boehrer
Préface à l’édition française Julien-Daniel Guelfi
Elsevier Masson

Après l’exposé des concepts clés, Glen Gabbard nous entraîne sur le terrain des modalités d’évaluation de la technique, sur celui des formulations psychodynamiques, sur celui des indications de la psychothérapie psycho- dynamique, ensuite sur les modalités pratiques de la psychothérapie, sur les différents types d’interventions du thérapeute, sur les objectifs poursuivis, sur les modalités du travail avec les nombreuses et inévitables résistances au changement, et enfin sur l’utilisation du rêve et des fantasmes et celle du contre-transfert.
L’ouvrage se termine avec la fin de la thérapie, l’issue de la prise en charge, et la supervision. Le dernier chapitre, sur l’évaluation des compétences du thérapeute psychodynamique, a une importance majeure : elle est susceptible, en fait, de s’appliquer à l’ensemble des techniques à prétention psychodynamique.
Mort et travail de pensée
Points de vue théoriques et expériences cliniques
Sous la direction de François Pommier et Régine Scelles
Erès, 18 €

Tout deuil sollicite le sujet et ses liens aux autres, et lui rappelle douloureusement son ontologique dépendance.
La perle d’un être cher est transformée par la pensée afin que l’espace qu’a occupé l’absent soit modifié. Faute de pouvoir remplacer l’autre, on le recrée. La création, le travail de pensée que suscite la confrontation à la mort sont évoqués dans ce livre comme ce qui permet au sujet de ne pas vivre «comme avant», comme si la perte n’avait pas eu lieu, mais de devenir «comme aprè »: reconstruire plutôt que reconstituer. Les auteurs proposent à la réflexion des dispositifs d’aide qui peuvent être mis en place lors de la perte réelle d’un être cher mais également lorsque les deuils non faits, non terminés resurgissent sur une autre scène, dans une temporalité décalée.
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EDITORIAL
La psychiatrie méprisée
M.J. Guedj, J. Decarvalho
La loi modifiant la loi de 1990 pour les soins sans consentement va passer, peu amendée. En voici pêle-mêle quelques perles. Le directeur peut suivre l’avis médical, et il peut donc ne pas le suivre ? La question du tiers demandeur a été balayée en le supprimant si aucun tiers ne se décide, mais d’autres idées plus justes telles que la désignation du mandataire futur ou de la personne de confiance n’ont pas été retenues : la responsabilité, et donc la faute, seront purement médicales.
Les équipes extra-hospitalières seront chargées de suivis (c’est leur rôle), et de tâches administratives (cela l’est moins) accrus. Les psychiatres devront être 3 ou 4 pour effectuer les certificats pour un malade. Enfin le refus de soins somatiques ne figure toujours pas dans le texte. La loi inapplicable, sans concertation véritable avec les professionnels, s’appuyant sur une unité fausse des associations d’usagers, confondant maladie et dangerosité, écarte le psychiatre du jugement adapté sur le sort du malade.
Premier mépris. L’article Rebonds dans Libération du 14 mars intitulé « la folie concerne tout le monde » utilise les arguments nobles et généreux, déjà anciens de l’antipsychiatrie. Considérer la folie comme une maladie, c’est se priver de toute la richesse de l’esprit humain, notamment de la création artistique. Chercher à la traiter c’est se conformer à une norme vraiment aliénante comme la décrit Orwell.
De joyeux rêves psychédéliques sont rapportés en citant des visions oniriques toutes plus personnelles les unes que les autres, riches en imagination. Erasme décrivait les fous comme les gens les plus heureux qui soient : il approuverait sûrement à 2 mains une telle opinion. Mais la maladie mentale fait souffrir, même celui qui ne demande rien, et qui en parlera plus tard avec regret, quand des soins auront eu lieu. Plutôt qu’une imagination débridée, elle expose à une restriction des possibles de l’être, tout simplement pour se protéger contre l’angoisse.
Ne plus se sentir un humain comme les autres, c’est justement ce que rapportent nombre de patients. Et nous devrions jouir de leur originalité douloureuse et ne rien faire ? La psychiatrie traite de la maladie et de la souffrance mentale avec les malades. Cet article de la presse introduit un deuxième mépris. Dans le même journal et la même rubrique, un autre article ose avancer que les soins en psychiatrie ne sont ni possibles ni effectués aujourd’hui, avec les excuses de manque de personnel… allant jusqu’à citer des délais de rendez-vous de 6 mois, y compris pour une crise suicidaire. Passons sur le plaidoyer pour les thérapies cognitivo-comportementales jugées ici comme seules valables (contrairement aux conclusions de la plupart des études disponibles).
Curieusement, le service d’urgences où j’exerce obtient des rendez-vous entre 2 et 7 jours, à condition de présenter la souffrance du patient, la nécessité de soins, et… l’absence d’indication d’hospitalisation malgré l’article ci-dessus brandissant l’enfermement de tous. Ne pas soigner, s’abriter derrière des carences et abandonner les malades. Troisième mépris.
Et pourtant, le contrôleur des libertés
Il s’intéresse de façon retentissante à l’hospitalisation d’office et à l’infirmerie de la préfecture de police de Paris. La durée des hospitalisations d’office augmente inconsidérément car les préfets ne suivent plus les avis médicaux de demande d’allègement de la contrainte, que ce soit par la demande de sortie d’essai, ou la demande de sortie tout simplement.
Les préfets s’appuient sur des enquêtes de police qui ont le triste privilège de n’être pas intéressées par les soins et de conclure à une dangerosité potentielle comme au premier jour de l’hospitalisation. Pendant ce temps, les lits de psychiatrie sont occupés indéfiniment et ne permettent pas d’hospitaliser des personnes qui en auraient besoin.
Quand à l’infirmerie de la préfecture de police de Paris, institution créée par Napoléon III, le contrôleur des libertés n’en voit plus l’intérêt aujourd’hui et demande que ses moyens soient reversés aux structures hospitalières qu’il intitule « de droit commun ». Les relations infimes avec les familles, le mélange des personnels de surveillance et des personnels soignants, le peu de différence d’indication entre HDT et HO, enfin l’absence d’indépendance de cette structure face au préfet de police, lui-même chargé de désigner les membres de la CDHP chargée de contrôler les hospitalisations psychiatriques, sont les arguments majeurs soulevés ici. En ces temps de turbulence, le souci de privilégier le soin et de le respecter, pour tous les malades, est salué par l’ensemble des professionnels chargés de soigner…et par les usagers.
M.J. Guedj, J. Decarvalho
CPOA, Hôpital Sainte-Anne, Paris
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Sémiologie des handicaps en médecine physique et de réadaptation
Preface de Jacques Fontanille
Jean-Michel Wirotius
Editions Lambert-Lucas, 45 €
La sémiologie médicale diagnostique, celle qui va de la démarche anatomo-clinique vers la classification des maladies et les traitements étiologiques, n’éclaire que très partiellement le champ des significations en réadaptation.
Les cliniciens de médecine physique et de réadaptation, les personnels soignants qui accueillent et accompagnent les personnes dont le corps est dysfonctionnel en sont encore à chercher un langage commun pour « mettre en mots » le handicap et décrire leurs pratiques.
Cet ouvrage analyse les illusions auxquelles l’absence de sémiologie des handicaps a donné naissance : discours compassionnels, rhétoriques, éthiques, écologiques. Partant de la sémiologie linguistique de l’Ecole de Paris (Greimas et Courtés, Klinkenberg, Darrault-Harris...) notamment dans sa variante tensive (Fontanille et Zilberberg), l’auteur propose une approche du « discours des corps handicapés » afin de construire une sémiologie en MPR qui permette aux professionnels de santé de partager un même langage, un langage qui finisse par intégrer la sémiologie médicale commune.
Une histoire de la mémoire
Douwe Draaisma
Traduit du néerlandais par Bertrand Abraham
Flammarion, 26 €
Ce livre montre la richesse des discussions qui ont émaillé la psychologie de la mémoire au cours des siècles, mettant en relation l’histoire des sciences, la philosophie, les neurosciences, l’informatique, l’intelligence artificielle... Aujourd’hui, nous disposons d’un grand nombre de mémoires prothétiques : ordinateurs, hologrammes, réseaux neuronaux, autant d’analogies nouvelles qui assimilent la pensée au fonctionnement d’une machine et mécanisent le psychisme. Mais ce n’est plus la machine qui sert à penser la mémoire, c’est la structure du cerveau qui sert de modèle aux machines de demain.
Destins de l’imprévu
Témoignage d’une analyste
Nicole Berry
L’Harmattan, 17,50 €
Une analyste voudrait transmettre à ses jeunes collègues ses années d’expérience, dire en même temps sa gratitude envers les Anciens, si inventifs. Les moments de quelques vies sont ici contés dans un style clair. Des incidents imprévisibles, survenus dans la cure, comme autant de signes de vie, du dehors ou du dedans de la maison de l’analyste, le « cadre » étant strictement respecté, ont eu un effet de mutation. Le lecteur lira ici l’œuvre d’une vie de femme, d’analyste, d’écrivain.
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