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EDITION
MAI 2011


SOMMAIRE

EDITORIAL
La réforme de la psychiatrie: il faut raison garder

FMC
L'autiste et le regard

ENTRETIEN AVEC
Jacques Miermont à propos de la deuxième édition de
Thérapies familiales et Psychiatrie



clinique
Brèves remarques psychopathologiques sur la notion de victime

psychiatrie infanto-juvEnile
Claustration et pathologie de l'enfance



FICHES DE LECTURE

Comment bien vivre avec des troubles bipolaires
Savoir soigner les bas pour tirer profit des hauts
Ronald Fieve
Flammarion, 24 €



Psychiatre et psychopharmacologue, Ronald Fieve est l’auteur de Nous sommes tous des maniaco-dépressifs (Flammarion, 1980), mais aussi de Prozac, questions-réponses (Marabout, 1994).
Il souligne que des millions de personnes couronnées de succès profitent de ces moments d’exaltation sans, pour autant, traiter les périodes de déprime qui leur succèdent, et ce pour la simple raison qu’ils les chérissent et refusent d’en être privés. Cette bipolarité non diagnostiquée est l’une des maladies mentales associée à l’un des plus hauts taux de dépression et de suicide, car elle tend à s’accompagner de périodes de marasme.
Pour s’en prémunir et ne pas se faire piéger par les troubles afférents: l’irritabilité, l’arrogance, l’hypersexualité, l’alcoolisme, l’addiction au jeu..., Fieve propose des stratégies propices au bien-être, facilement utilisables par tout bipolaire II ; des moyens de tirer profit au maximum de l’énergie et de l’enthousiasme inhérents à l’«avantage hypomaniaqu » ; des techniques pour venir en aide aux parents ou aux enfants bipolaires II ; des informations récentes sur les traitements disponibles, les médications de pointe et les thérapies non médicamenteuses.

La Médecine
Giorgio Bordin
Laura Polo D’Ambrosio
Traduit de l’italien par Todaro Tradito
Hazan, 27 €



Le parcours de ce livre conduit à reconnaître dans les documents que fournissent les arts figuratifs occidentaux une expression de la capacité à s’occuper de la maladie comme réponse au besoin de santé et de salut éprouvé par l’homme. Ecrire sur la médecine implique donc de présenter l’histoire d’un rapport entre deux libertés : celle du soigné, et celle du soignant. Ce rapport est une aventure de connaissance, de dévouement et d’amitié. Le patient tout d’abord : c’est une personne étroitement conditionnée par les limites qu’impose la maladie. Les arts figuratifs ont souvent décrit les individus malades en représentant les caractéristiques des altérations biologiques provoquées par leur pathologie.
Dans cet ouvrage, sont surtout mises en évidence les œuvres qui permettent d’examiner les divers aspects du rapport du malade avec toutes les dimensions de sa vie, en particulier dans sa conscience de soi et dans ses relations avec les êtres aimés et les personnes les plus proches. C’est pourquoi figurent parmi les entrées de ce dictionnaire  La chronicité de la maladie» - c’est-à-dire son acceptation dans la quotidienneté, et l’engagement familial que requiert cette situation -, ainsi que «La visite au malade» ou «Le convalescent». Le contexte historique et social conditionne le rapport entre l’homme et la maladie. Cela tient à l’évolution des connaissances médicales, mais aussi à l’importance symbolique qu’ont prise certaines maladies. Des sujets comme la peste et la folie sont abordés pour illustrer les modalités selon lesquelles les hommes ont cherché à vivre avec la gravité pathologique et endémique de la maladie, et à donner un sens à la souffrance, non pas tant en en cherchant la cause, mais plutôt en concevant diverses formes d’assistance et de solidarité. Dans les trois dernières parties de l’ouvrage - «La douleur», «La guérison» et «La dimension humaine de la maladie» -, les illustrations ont été choisies parce qu’elles sont étroitement liées au thème medical, mais aussi parce qu’elles sont des œuvres d’art, susceptibles d’aider à la compréhension de certains sujets qui concernent l’individu dans sa totalité : «La souffranc »,  La solitud »,  La présence»... En effet, l’art ne se limite pas à raconter ou décrire : il se constitue, en outre, comme un regard sur la réalité. La dernière entrée de ce dictionnaire s’intitule «Le regard» : le regard est, en effet, au principe de la relation qui unit le médecin et le patient, le malade et la réalité qui lui est familière.



   

EDITORIAL
La réforme de la psychiatrie: il faut raison garder
G. Massé

Le projet de loi relatif aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques et aux modalités de leur prise en charge, en discussion au Sénat après l’avoir été à l’Assemblée Nationale, fait l’objet de certaines réactions, fortement relayées par les médias, le présentant comme une démarche essentiellement sécuritaire.
Si on lit attentivement ce projet et si on analyse les mesures envisagées et non les intentions projetées sur le Président, le gouvernement ou l’administration que peut-on relever ? La mise en place d’une alternative ambulatoire à l’hospitalisation sans consentement et la période d’observation et de soins de 72 heures sont des mesures demandées par la profession depuis des années.
La période d’observation de 72h est une légalisation d’une pratique largement développée dans nombre de services d’urgence psychiatrique. Un patient qui arrive dans un état de crise aux urgences psychiatrique ou dans un service d’accueil et de crise ou dans une unité dite CAC48 ou unité d’observation de 72 heures, si son état requiert des soins immédiats au risque sinon d’un danger pour lui ou autrui et s’il ne consent pas lui-même aux soins, y est soigné, observé. Cette pratique évite nombre d’hospitalisations sous contrainte, avec les conséquences que celles-ci entraînent et dont nous sommes conscients, en termes de risque de stigmatisation, de rupture de l’alliance thérapeutique, d’expérience traumatisante pour le malade et sa famille. Nous estimons que cette période d’observation qui permet souvent au malade, grâce à une présence médicale et soignante intensive d’entrer volontairement, le plus souvent possible, dans le soin est une avancée innovante et non une garde à vue psychiatrique.
S’agissant de la possibilité ouverte par le projet de loi de soigner dans le cadre d’une sortie d’essai une personne pour des troubles psychiques qui l’empêchent de consentir aux soins et qui s’accompagnent de symptômes pouvant constituer un danger pour elle ou pour autrui, hors de l’hôpital, nous considérons qu’il s’agit d’une avancée majeure, que nous réclamons depuis 12 ans et que nous pratiquons en demandant pour nos malades hospitalisés sans leur consentement, des sorties d’essai dont certaines peuvent être prolongées pendant de longues périodes.
Le projet de loi voté à l’Assemblée, prévoit que le juge des libertés et de la détention serait automatiquement saisi au cas où le préfet s’opposerait à une levée d’Hospitalisation d’Office ; il pourrait être intéressant de demander cette saisine automatique en cas de refus d’une demande de transformation de l’hospitalisation en soins sans consentement. Parler d’élargissement de la contrainte aux soins sans consentement et non pas d’alternative ressortit tout simplement d’un amalgame. Les exigences du droit constitutionnel ont poussé à réintroduire dans le projet de loi de mars 2010 l’exigence d’un certificat médical établi par un médecin extérieur à l’établissement qui accueille le patient, alors qu’une pratique de l’urgence majoritaire n’exigeait que le certificat immédiat du psychiatre de garde.
De même, comme l’ont demandé presque tous ceux qui critiquent la loi, c’est désormais le juge et lui seul qui se prononcera sur la prolongation d’une hospitalisation sans consentement au-delà de 15 jours.
Le projet de loi actuel renforce les garanties de la sécurité des personnes pour deux types de malades : ceux hospitalisés d’office après que le juge ait déclaré leur irresponsabilité pénale (parce qu’ils ont commis un délit alors que leur capacité de discernement était abolie) et ceux qui durant l’hospitalisation (qui peut être antérieure) ont dû être admis en unités pour malades difficiles. Pour ces malades la levée de la mesure d’hospitalisation est entourée de précautions supplémentaires.
Si l’objet de celles-ci ne nous paraît pas superflu, tant il est important de réfléchir au suivi des personnes dont les symptômes pathologiques s’expriment sous forme de troubles du comportement majeurs en cas de rechute, le mode opératoire adopté nous paraît inadapté et peu efficace.
Nous défendons un amendement en ce sens, pour supprimer pour ces malades la nécessité de l’avis d’un collège, mais exiger que toute demande de levée de l’hospitalisation d’office soit d’abord celle d’une transformation de la mesure de soins extrahospitaliers sans consentement afin d’éviter le risque qu’un patient abandonne un traitement nécessaire, tout simplement parce qu’il ne pourrait pas facilement accéder aux soins.
Plutôt que de nous perdre dans des débats dépassés, il importe que nous nous attelions à améliorer l’accessibilité des soins, leur qualité, que nous exigions la même amélioration des conditions d’accueil en psychiatrie que dans les autres spécialités médicales, que nous acceptions de remettre en cause une répartition des moyens, notamment médicaux, entre régions tout à fait inéquitable, que nous expérimentions de nouvelles organisations, qui permettent à la fois la continuité et l’ancrage communautaire comme l’accès aux dispositifs les plus compétents.



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Elles accouchent et ne sont pas enceintes Le déni de grossesse
Sophie Marinopoulos, Israel Nisand
Editions LLL Les Liens qui Libèrent, 17


S. Marinopoulos est psychologue, psychanalyste et dirige le service de prévention et de Promotion de la santé Psychique à Nantes. I Nisand est gynécologue-obstétricien au CHU de Strasbourg, professeur des universités et enseigne les sciences humaines à la faculté de médecine de Strasbourg. Il est aussi fondateur du Forum Européen de bioéthique.
Dans ce livre, les auteurs abordent un phénomène décrit et observé depuis le XVIIème siècle, récemment médiatisé et qui reste énigmatique à la fois pour les soignants et la société. Le déni, selon les auteurs, peut être défini comme suivant : état d’être enceinte qui ne se pense pas. Il est différencié de la dénégation qui serait une interruption temporelle psychique de la grossesse après un premier temps de reconnaissance par la femme de celle-ci. Il surviendrait à la fin du premier trimestre de la grossesse, moment où la mère engage théoriquement ses pensées du côté du futur bébé, se représente son enfant et se confronte à son histoire affective passée et présente.
Dans le cas du déni, le corps de la femme ne se transforme pas et son esprit est vide d’enfant. Cette absence de représentation de l’enfant au cours de la grossesse est un symptôme, un élément diagnostique. Il existe plusieurs formes de déni et non pas un seul déni, en fonction de l’histoire de chaque femme, de sa structuration et de ses liens avec sa famille et son conjoint, mais un certain nombre de caractéristiques sont communes dans les histoires cliniques des femmes qui déclarent une grossesse blanche. Il est donc important de repérer ce symptôme, et de vérifier qu’il ne rentre pas dans un tableau clinique évoquant une maladie mentale spécifique. Le déni est souvent devancé par un autre déni, cette fois-ci familial, où la vie affective ne s’exprime pas, la mère de ces femmes étant souvent décrite comme psychiquement absente, incapable de répondre à la demande affective de sa fille. Enfin le déni de grossesse n’est pas uniquement celui de la femme mais également de son conjoint.
Il est intraconjugal et chaque membre est dans une problématique affective ininterrogeable. Le risque redouté du déni de grossesse est le néonaticide, ainsi que la mise en danger physique de la femme et la répétition des grossesses blanches en l’absence de dépistage lors d’IVG, de grossesses déclarées tardivement ou de dénis antérieurs levés par l’accouchement.
A travers deux histoires cliniques et la description de cas parfois médiatiquement célèbres, les auteurs permettent de dégager un enseignement de ces cas dramatiques sur la filiation, la naissance parentale, les méfaits de l’idéologie de la filiation biologique et de l’instinct maternel. Ils ouvrent des pistes de réflexion afin de dépister, d’écouter les dénis de grossesse, d’assurer une meilleure prise en charge de ces femmes pour éviter la répétition de ces situations, le drame du meurtre et qu’elles puissent investir leur enfant.
M.N. Vacheron


DIVANgations
Fantaisies analytiques
Erès, 13  €

Ces fantaisies de divan invitent à un vagabondage littéraire autant que psychanalytique. L’ouvrage se découpe en petits chapitres introduits par d’improbables pensées consignées par un narrateur au cours de sa psychanalyse. Devenu depuis lui-même analyste, il commente ces notes en procédant de l’association libre pour lier ensemble des éléments culturels, artistiques, littéraires ou scientifiques sur un thème donné. Ce recueil illustre la clinique actuelle, ses enjeux narcissiques, ses accointances privilégiées avec le pouvoir et son désir insatiable de soumission.


La gémellité dans l’imaginaire occidental
Regards sur les jumeaux

Sylvie Mullie-Chatard
L’Harmattan, 21 €

C’est à l’analyse de représentations appartenant à l’imaginaire occidental de la gémellité, dont certaines remontent à l’époque classique, qu’est consacré cet ouvrage. L’étude de récits mythiques, d’œuvres littéraires, de productions théâtrales et cinématographiques offre une lecture privilégiée de ces représentations.. On découvre notamment que la notion d’individualité pose question dès lors que la figure gémellaire s’éprouve en tant que condition existentielle. Condition qui, toujours dans l’ordre de l’imaginaire, précède l’épanouissement individuel des jumeaux.


La relaxation : nouvelles approches, nouvelles pratiques
Dominique Servant
Masson

Cet ouvrage qui présente les bases et la pratique d’une relaxation applicable dans le champ de la médecine et de la prychologie expose les fondements des différentes techniques de relaxation (yoga, training autogène de Schultz, relaxation de Jacobson, mindfulness, hypnose, sophrologie, biofeedback...), puis présente les différentes indications de la relaxation. Un module complet est ensuite détaillé par l’auteur, séance par séance. L’ouvrage propose ensuite plus de quarante exercices sur la base de la relaxation musculaire, la respiration, la méditation ou la visualisation. Des cas cliniques, encadrés, boîtes à outils illustrent ces différentes méthodes.