Quelle politique pour la folie ?
Le suspense de Freud
Goy Dana
Stock, 20 €
Un livre de sagesse aux couleurs de l’élaboration, qui va nous aider à affronter une nouvelle année grisailleuse caractérisée par la défiance comme mode de management de nos politiques.
Dans la première partie de son ouvrage Guy Dana, psychiatre hospitalier, né à Alexandrie en 1948, psychanalyste, président du Cercle Freudien de 1997 à 2000, rappelle les fondamentaux de la traversée analytique, association libre/conflit psychique/ transfert, et de la thérapie institutionnelle, avant de les mettre en pratique pour accompagner les patients psychosés dans ce cadre de fortune qui s’appelle le secteur du service de psychiatrie générale qu’il dirige dans l’Essonne depuis 1991.
Selon Guy Dana la cure sectorielle du patient psychosé est possible : elle s’appuie sur la grammaire des lieux ou à toutes les étapes le patient prend le temps de décanter son vécu et ses symptômes. Chaque lieu de suppléance a son langage propre : de la négociation des écouteurs publics (les psys) dans le souk de l’hôpital général pièce maîtresse du dispositif, à l’hospitalité de l’unité clinique en passant par l’inattendu du centre de crise, l’expérience de l’accueil familial, la restauration du lien social à la maison thérapeutique, ou encore le retour au CMP les Sources... Un plaidoyer pour éviter que la logique binaire du dedans /dehors, ne reprenne le dessus sur un dispositif contenant et pluriel qui accepte le hasard, au sens de l’inattendu, pour sortir d’une position de maîtrise, et le vide comme une condition nécessaire préalable au désir. Un livre qui en appelle à la résistance du corps soignant en ces temps troublés ou la nouvelle gouvernance fige l’inventivité des équipes et oppose à l’Imaginaire, à la créativité, un Réel abrupt et comptable qui se rapproche étrangement de l’autisme «espace psychique saturé, langue à mobilité réduite, interdit de penser», et d’un régime qui préfère le plein à l’intervalle, les pratiques sécuritaires et la cadence au jeu cher à Winnicott... Un livre qui donne envie de revoir le film des Beatles des années 70 : «Yellow Submarine»...
Régis Airault
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