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EDITION
fevrier 2011


SOMMAIRE

EDITORIAL
Le gouvernement : complice de la récidive ?

FMC
Le point sur la luminothérapie

a propos de
Histoire de l'autisme.
De l'enfant sauvage aux troubles envahissants du développement

de Jacques Hochmann


CLINIQUE
Violence et schizophrénie


ETHIQUE
Ethique professionnelle




FICHES DE LECTURE

Histoire de l'autisme.
De l'enfant sauvage aux troubles envahissants du développement
SJavques Hochman
Odile Jacob, 33 €



L’histoire de l’autisme de Jacques Hochmann publiée en 2009 s’impose à nous, pédopsychiatres mais intéresse tous ceux qui de près ou de loin sont concernés par ce trouble qui altère les fondements même de l’humain à savoir la communication et la socialisation. C’est avec enthousiasme que l’on ouvre cet ouvrage mais la densité du propos risquerait d’en décourager plus d’un s’il ne venait sans cesse nous faire cheminer et progresser dans le dédale historique des interrogations multiples suscitées par l’incompréhension de cette entité. «On ne se passionne que pour ce qui est obscur», J. Hochmann cite Ernest Renan pour introduire l’aventure qui nous guette en abordant cet ouvrage de 528 pages d’écriture dense. 
Et je confirme : la passion vous gagne progressivement. Ayant pour mission de retracer cette histoire, je me suis efforcé de rester au plus près de la pensée de l’auteur, si cela est possible, et qu’il veuille bien me pardonner si je reprends souvent son style et ses expressions tant celle-ci serait amoindrie si elle était paraphrasée. Qu’il me pardonne, également, si le résumé vient parfois affaiblir le contenu. Ce sont deux raisons supplémentaires pour s’attaquer directement à l’original. Et ma tâche serait accomplie si elle pouvait créer cette motivation (...).
Y. Contejean

Le couple et son histoire
Eric Smadja
PUF, 26 €



Ce livre révèle toute la complexité de cette réalité conjugale, vivante et composite corporelle-sexuelle, psychique et socioculturelle évoluant selon une temporalité intriquée et s’inscrivant à l’entrecroisement de plusieurs histoires. Elle est traversée par une pluralité de courants d’investissements pulsionnels antagoniques et animée par des conflictualités multiples, internes et externes, en tension permanente entre elles. L’ouvrage suit le découpage narratif de plusieurs histoires choisies socioculturelle, épistémologique, « naturelle » (celle du cycle de vie conjugale scandée par des étapes critiques et mutatives), et thérapeutique (celle du couple entreprenant un travail psychanalytique). Elles sont traitées suivant une approche pluri- et interdisciplinaire (historique, sociologique, anthropologique et psychanalytique) qui permet d’esquisser une représentation générale et intelligible, mais irréductiblement hétérogène, de cette réalité conjugale, notamment contemporaine.

   

EDITORIAL
Le gouvernement : complice de la récidive ?
M. David

Le scénario consécutif à chaque fait divers dramatique se répète inlassablement selon les mêmes modalités par les «responsables» politiques : recherche précipitée d’une faille des services publics et de coupables sans faire l’effort d’une instruction préliminaire sérieuse et d’une démarche immédiatement contradictoire et annonce d’une éventuelle nouvelle loi ou de mesures punitives. Etrangement, on oublie trop souvent que le principal responsable du crime est avant tout celui qui le commet.
Si l’on suit la démarche accusatrice habituelle, ciblons alors le Gouvernement qui démantèle les organisations qui peuvent contribuer de manière synergique à lutter contre la récidive. Depuis 1998, une loi, initialement prévue pour lutter contre la délinquance sexuelle, existe.
Elle met en place une chaîne de professionnels dont l’action concertée peut aider à lutter contre la récidive. Douze ans plus tard, plusieurs lois de lutte contre la délinquance et sa récidive ont élargi le dispositif à de nombreuses formes de violence (des homicides aux violences conjugales en passant par les incendiaires). Le dispositif de la loi de 1998 comporte essentiellement le suivi socio-judiciaire avec injonction de soins.
Les acteurs qui concourent au fonctionnement de ce dispositif sont les suivants : la personne condamnée, les juridictions de jugement et les experts psychiatres qui proposent l’indication d’une injonction de soins puis pour l’application de cette décision judiciaire : le juge d’application des peines et les services d’insertion et de probation, le médecin coordonnateur et les psychiatres et les psychologues traitants. Le dispositif depuis sa création éprouve de nombreuses difficultés à fonctionner. La diminution des experts psychiatres se poursuit inéluctablement et la fonction de médecin coordonnateur, novatrice et complexe, est très peu prisée.
Lors de la discussion parlementaire sur la loi du 10 août 2007 pour lutter contre la récidive des majeurs et des mineurs, la garde des Sceaux reconnaissait alors le faible nombre de médecins coordonnateurs (moins de 200 à cette date) et envisageait un recrutement important pour atteindre 500 médecins coordonnateurs au 1er avril 2008. Le nombre de médecins coordonnateurs est actuellement évalué à environ 220. L’augmentation attendue est loin d’être au rendez-vous. Or, ce chiffre ne risque pas d’augmenter.
Un décret datant du 29 septembre 2010 réformant le statut des praticiens hospitaliers (qui forment le gros du corps des experts et des médecins coordonnateurs) restreint les activités des experts et des médecins coordonnateurs qui ne peuvent plus exercer ces missions spécifiques sans l’accord du directeur de l’établissement hospitalier tout en devant les mener en-dehors de leur temps de travail. On imagine difficilement les experts se rendre dans les prisons pour examiner les personnes détenues en pleine nuit, demander aux présidents des cours d’assises, où ils doivent déposer, d’organiser leur audition entre 18h30 et 8h00, ni les médecins coordonnateurs recevoir les justiciables aux heures non ouvrables. En outre, les praticiens n’ont plus le droit de recevoir une rémunération (modeste) pour ces activités.
En conséquence, les experts psychiatres hospitaliers et les médecins coordonnateurs renvoient les missions, n’ayant plus le droit de les pratiquer. Les acteurs de ces décisions ne sont pas mieux lotis. Les juges d’application des peines et les services pénitentiaires d’insertion et de probation rencontrent des difficultés considérables à suivre toutes ces missions par manque de moyens. Le blocage du système par l’absence d’expertises en amont et le manque de médecins coordonnateurs (mais aussi de thérapeutes) en aval renforceront les difficultés des services judiciaires. Les citoyens doivent être informés des failles dans la prise en charge et le suivi des personnes délinquantes par manque criant de moyens. S’il faut désigner un haut responsable dans ces dysfonctionnements, les regards doivent se porter sur les décisionnaires politiques.
L’incohérence de ces décisions a conduit à une interpellation conjointe des autorités administratives par les professionnels de la santé et de la justice pour les alerter sur les graves conséquences de ces choix sur la sécurité publique ; incohérence d’autant plus incompréhensible vu l’affichage politique de nos dirigeants en ce qui concerne la lutte contre l’insécurité publique.
Socapsyleg soutient les personnels de la Justice, toutes professions réunies, dans leur mouvement de protestation du jeudi 10 février 2011 et regrette que les gouvernants soient dans l’incapacité d’affronter le traitement de la délinquance autrement que par l’invective et le passage à l’acte qui caractérisent habituellement les comportements violents.  

Dr Michel David
Président de Socapsyleg



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Quelle politique pour la folie ?
Le suspense de Freud

Goy Dana
Stock, 20


Un livre de sagesse aux couleurs de l’élaboration, qui va nous aider à affronter une nouvelle année grisailleuse caractérisée par la défiance comme mode de management de nos politiques.
Dans la première partie de son ouvrage Guy Dana, psychiatre hospitalier, né à Alexandrie en 1948, psychanalyste, président du Cercle Freudien de 1997 à 2000, rappelle les fondamentaux de la traversée analytique, association libre/conflit psychique/ transfert, et de la thérapie institutionnelle, avant de les mettre en pratique pour accompagner les patients psychosés dans ce cadre de fortune qui s’appelle le secteur du service de psychiatrie générale qu’il dirige dans l’Essonne depuis 1991.
Selon Guy Dana la cure sectorielle du patient psychosé est possible : elle s’appuie sur la grammaire des lieux ou à toutes les étapes le patient prend le temps de décanter son vécu et ses symptômes. Chaque lieu de suppléance a son langage propre : de la négociation des écouteurs publics (les psys) dans le souk de l’hôpital général pièce maîtresse du dispositif, à l’hospitalité de l’unité clinique en passant par l’inattendu du centre de crise, l’expérience de l’accueil familial, la restauration du lien social à la maison thérapeutique, ou encore le retour au CMP les Sources... Un plaidoyer pour éviter que la logique binaire du dedans /dehors, ne reprenne le dessus sur un dispositif contenant et pluriel qui accepte le hasard, au sens de l’inattendu, pour sortir d’une position de maîtrise, et le vide comme une condition nécessaire préalable au désir. Un livre qui en appelle à la résistance du corps soignant en ces temps troublés ou la nouvelle gouvernance fige l’inventivité des équipes et oppose à l’Imaginaire, à la créativité, un Réel abrupt et comptable qui se rapproche étrangement de l’autisme «espace psychique saturé, langue à mobilité réduite, interdit de penser», et d’un régime qui préfère le plein à l’intervalle, les pratiques sécuritaires et la cadence au jeu cher à Winnicott... Un livre qui donne envie de revoir le film des Beatles des années 70 : «Yellow Submarine»...
Régis Airault