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EDITION
OCTOBRE
2010


SOMMAIRE

EDITORIAL
Il est encore temps

FMC
Epidémiologie et psychopathologie des troubles mentaux chez les adoptés, à l’adolescence


CLInique
Psychose et écriture

LIVRES
Freud et ses visiteurs
Français et Suisses francophones (1920-1930)





FICHES DE LECTURE

La psychanalyse
Points de vue pluriels
Coordonné par Magali Molinié Editions des Sciences Humaines



Les éditions Sciences Humaines se sont fait une tradition de nous offrir des ouvrages de synthèse d’excellente qualité. En un volume sont rassemblés des textes-clés, courts, bien écrits et synthétiques: le genre de livres qui vous donne l’impression d’être plus intelligent après les avoir lus. Il manquait, indubitablement, un ouvrage sur la psychanalyse et c’est chose faite avec celui-ci. La première partie est consacrée à l’histoire du mouvement analytique, notamment avec ses ruptures et scissions (en France et ailleurs). La seconde revisite des notions comme le rêve, les défenses, la psychanalyse de l’enfant (sous la plume de D. Houzel), la psychanalyse familiale (Tisseron)... Un chapitre (un peu court toutefois), est consacré au «Mystère Lacan», auteur dont l’œuvre est encensée par les uns et considérée avant tout comme une résistance devant l’inconscient, une forfaiture, par les autres. Ensuite, sont abordées les grandes controverses : la place du «Livre noir» occupe un chapitre critique nourri. La place des neurosciences dans ses rapports avec l’analyse est bien servie aussi, notamment grâce à une interview de Daniel Widlöcher qui montre bien le danger des confusions et amalgames épistémologiques (confondre le niveau d’étude moléculaire avec celui de l’association recueillie sur le divan) mais aussi tout l’intérêt des études neuropsychiatriques actuelles, impensables il y a peu encore. La dernière partie s’intitule «psychanalyse et société» et explore les rapports de l’analyse avec l’histoire, sa place dans les médias, sa réflexion sur le fait religieux, et elle se conclue par un «tour du monde de la psychanlyse» où Alain Gibeault, ex-vice-président de l’Association Psychanalytique Internationale (API) dresse un tableau des «sauces locales» de l’analsye.
M. Sanchez-Cardenas


   

EDITORIAL
Il est encore temps
Gérard Massé

On n’entend plus qu’une plainte, des regrets, une attitude défensive qui ressemble de plus en plus à une désespérance résignée : il est répété qu’on détruit l’excellence d’un dispositif qu’on appelle secteur, avec une confusion sémantique sur le terme. La réalité actuelle désespèrerait les pères fondateurs du secteur, surtout parce qu’elle demeure essentiellement défensive. On ne fait pas parler les morts, même pour défendre des alliances contre nature et une homéostasie, traduction déguisée d’un hospitalocentrisme qui se maintient pour mieux se faire déposséder de moyens que certaines tutelles jugent plus utiles pour la médecine-chirurgie-obstétrique et le médico-social, faute de projets convaincants venant de la psychiatrie. L’urgence est celle d’une volonté politique clairement exprimée ne craignant plus les blocages institutionnels et les stratégies personnelles, affirmant que la santé mentale est un problème crucial de santé publique, imposant un débat, un large débat, bien évidemment au-delà des cercles professionnels. Il conviendrait alors de diffuser et d’encourager la mise en œuvre d’objectifs ciblés au service des patients et de leur famille, donc de la population dans son ensemble, tant la pathologie mentale et la souffrance psychique sont fréquentes :
- conserver en vérifiant son application effective ce qui fait la force de l’idée de secteur, en abordant très précisément les questions de citoyenneté,
- déployer effectivement une offre différenciée selon les besoins qui sont considérables, articulant le court, le moyen et le long terme. On perçoit qu’une hypothétique loi générale de programmation apparaît illusoire : l’appel à projets sous l’égide des ARS avec une synthèse et validation au niveau national, un renforcement des forces d’appui paraissent mieux adaptés.

 

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Adolescence et prise de risques
Sous la direction de Annie Birraux et Didier Lauru
Albin Michel, 16,50 e
uros

Les auteurs s’interrogent sur les enjeux des conduites à risques des adolescents, leur degré de gravité et l’attitude à adopter lorsque l’adolescent se met trop en danger. Ils mettent l’accent sur la prise en charge psychothérapeutique qui peut lui faire comprendre le sens de tels comportements, mais ouvrent aussi des pistes de réflexion sur les moyens de les prévenir.
Avec les contributions d’Annie Birraux, Paola Carbone, Dither Drieu, Muriel Eglin, Lise Haddad, Florian Houssier, Nathalie de Kernier, Didier Lauru, Jean-Yves Le Fourn, François Marty et Olivier Ouvry.



Passé sous silence
Alice Fernay
Actes Sud, 18 
euros

Il faut laisser du temps au temps, il faut que les passions s’apaisent ou semblent s’apaiser pour que le regard se pose à nouveau sur ce déchirement de la fin d’une relation commune entre « le vieux pays », la France, et « la terre du Sud », l’Algérie qui dans les années 1960, réclame son indépendance. Il s’agit ici d’un récit, en forme de conte historique, de cet événement où les dates, les lieux, les noms des personnages, ont été effacés au profit des faits et des passions. Ici s’affrontent dans un dialogue à deux voix, deux visions de l’honneur et du service de l’Etat. L’attentat du Petit-Clamart est ainsi la rencontre lors d’un duel fatal, d’un homme passionné par la raison d’Etat et d’un jeune officier, organisateur de l’attentat, qui s’est senti trahi par le revirement du premier, et s’opposent ainsi la conviction obstinée du premier, déjà emporté par le sens de l’histoire, à l’idéal d’un conjuré encore sous l’empreinte du passé. C’est la renaissance d’un homme politique à partir d’un militaire prestigieux, c’est aussi la fin d’un militaire à partir d’un officier idéaliste, tous deux «frères jumeaux aux extrémités d’un temps, ennemis dans le présent,... s’opposant sur le terrain de l’histoire qui se fabrique... C’est de cet épisode qu’il convient de faire la chronique, sans laquelle le temps pourrait le disputer à la mémoire», écrit l’auteur, «qui essaie de comprendre ce qui, dans des temps troublés, a pu mener un homme à mourir et un autre à condamner». Ici s’entrechoquent le réalisme du sens de l’histoire d’un homme politique visionnaire à l’attachement viscéral d’un militaire pour «la terre du Sud». L’auteur nous fait percevoir les visions, les attentes, les déceptions, les luttes internes de l’un et de l’autre, la vision historique de l’un s’opposant au désir du maintien de la relation passée entre les deux pays, de l’autre. Il y a là une dimension quasi mythologique, une tragédie grecque, l’éternel combat entre Antigone et Créon. Sur fond de drame national apparaît une tragédie intérieure et intime, la raison d’Etat s’opposant à un idéal romantique et chevaleresque, et de cette lutte naît une logique d’enfermement et de haine. Cette histoire française, « passée sous silence » devient sous la plume de l’auteur une tragédie à nouveau représentée. La trappe de l’oubli s’ouvre à nouveau, les fantômes, les acteurs d’un jour revivent. L’auteur avait envisagé de titrer son roman : «Peine perdue» ; gageons que «Passé sous silence» nous fait percevoir qu’aborder la grande vérité de l’histoire n’est pas un acte inutile. On notera que le roman est dédié par l’auteur à son père, ce qui est une autre histoire, mais refermons cette nouvelle trappe...
Pierre Wiltzer